(Article du bulletin Océans de septembre. Océans est un publication réservée à l'interne du MPO.)
Par Savi Narayanan
«Établir des partenariats et réduire les travaux de recherche en mer » : voilà les mots clés de la gestion dans le milieu océanographique au Canada et à l'étranger. Au fil des décennies, les océanographes ont mis au point des technologies nouvelles et des partenariats qui leur permettent de disposer rapidement de multiples mesures grâce auxquelles ils peuvent saisir les structures et les variations importantes des océans. Nombre de projets réalisés dans l'Atlantique, le Pacifique et l'Arctique ont d'ailleurs montré que les partenariats et l'application de nouvelles technologies ont très bien servi le Canada et la crédibilité des océanographes canadiens.
L'un d'eux, Argo, est un projet pilote parrainé par la Commission océanographique intergouvernementale (COI) et appuyé par la Commission conjointe sur l'océanographie et la météorologie marine (établie par la COI et l'Organisation météorologique mondiale). Dans le cadre de ce projet, 3 000 robots profileurs recueillent des données sur la température et la salinité de l'eau dans tous les océans du monde. Chaque profileur transmet ces données par satellite à un centre de réception, par exemple à Toulouse, en France, qui les transmet alors au propriétaire du profileur. L'objectif recherché est d'intégrer les données recueillies pour alimenter des modèles d'océanographie opérationnelle et de prévisions climatiques. Les scientifiques canadiens qui participent au programme d'observation sont Howard Freeland (Ph.D.), chercheur à l'Institut des sciences de la mer et membre de l'équipe scientifique responsable du programme, et Allyn Clarke (Ph.D.), de l'Institut océanographique de Bedford.
L'équipe d'Argo avec la directrice du SDMM. Anh Tran, assise. Derrière, de gauche à droite : Savi Narayanan, directrice du SDMM; Bob Keeley, coprésident de l'équipe internationale de gestion des données Argo; Cara-Lynn Schock.
Les profileurs dérivants sont utilisés depuis plusieurs années par différents pays dans tous les océans. Mais pour la première fois, de nombreux pays laissent de côté leurs rivalités politiques et mettent leurs profileurs au service du projet Argo. Ils reconnaissent la valeur de la collaboration et de la présence d'un réseau océanographique pour faire des prévisions.
Pour la première fois aussi, toutes les données recueillies dans le cadre du programme sont accessibles sans frais aux personnes ou aux pays qui souhaitent les utiliser, qu'ils soient ou non membres de l'équipe, et sans avoir à attendre la fin du programme.
Argo tente en effet de rendre toutes les données disponibles dans les 24 heures suivant leur transmission par les profileurs, de façon continue, quel que soit l'océan dont elles proviennent et le pays qui les fournit. C'est l'élément le plus délicat du programme sur le plan technologique. C'est là aussi qu'est intervenu Pêches et Océans Canada, fidèle à son image de leader mondial : le Canada a été l'un des premiers pays à mettre au point et à appliquer le logiciel nécessaire à la gestion des données en temps réel (http://argo.jcommops.org/).

Ce projet au Canada a été mené par le Service des données sur le milieu marin (SDMM) d'Ottawa, sous la direction de Bob Keeley. Bob est l'un des Canadiens les mieux connus dans les milieux océanographiques et marins internationaux en raison de son esprit d'initiative dans le domaine de la gestion des données, de ses connaissances techniques en développement et en application de systèmes et de ses qualités interpersonnelles.
Actuellement, le Canada compte 53 profileurs dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien et prévoit en avoir 150 d'ici 2005. La plupart des déploiements sont effectués par des navires auxiliaires occasionnels, à peu de frais, lorsqu'il y en a, pour le programme. Les profileurs sont conçus pour dériver dans l'océan pendant plus de cinq ans; ils sont programmés de façon à enregistrer les données d'un profil jusqu'à une profondeur d'environ 2 000 mètres une fois tous les dix jours.
Une fois entièrement déployée, « l'armada » d'Argo recueillera plus de 100 000 profils par année, sans l'aide d'aucun navire, si ce n'est pour la mise en place initiale. Elle communiquera ces données à l'ordinateur personnel de n'importe quel intéressé dans le monde. En s'investissant dans le programme Argo, le Canada s'est donné une place de choix pour profiter des données recueillies, faire valoir son influence dans le monde et mener des recherches de très haut calibre.
Savi Narayanan est directrice des Sciences SDMM, région de la capitale nationale